Les nouveaux chiens de garde

Article publié dans Zélium n°8. Rédigé avec la complicité de Nicolas de la Casinière.
Illustration de Caza.

Guéant a adoré Polisse, Sarkozy est fan de The Artist. Pas certain qu’ils apprécient Les nouveaux chiens de garde, documentaire réalisé par Gilles Ballastre et Yannick Kergoat, sorti en salle le 11 janvier. Le film suit l’esprit du livre éponyme de Serge Halimi, paru en 1997. Dans la même lignée que le docu Fin de concession de Pierre Carles, il s’applique à mettre en évidence les relations passionnées qu’entretiennent médias, politiques et industriels. L’info s’efface peu à peu au profit de la communication. On n’informe plus, on vend. On ne critique plus un pouvoir, on le sert.

Réalisé avec l’aide d’Acrimed et du Plan B, le film passe en revue les têtes d’affiches du grand cirque médiatique, pointe avec brio les compromissions, les conflits d’intérêts et les renvois d’ascenseurs. La politique, la finance et les médias ne font plus qu’un, tous tournés qu’ils sont vers le pouvoir. Tous mangent à la même table. Les chiens de garde ont leur niche, ils jappent ou aboient selon les intérêts des maîtres.

On ne sait pas encore comment le nouveau journal d’Anne Sinclair traitera les sujets relatifs à son cher mari, mais la palme de la compromission est en tout cas remportée dans le film par Michel Field qui en prend un sacré coup, bien mérité. Une extraordinaire vidéo d’archive montre le jeune et fringant Field prônant, sans rire, la lutte armée contre le grand capital. Quarante an plus tard, la tignasse plus rare, il est l’employé fidèle d’Arnaud Lagardère, UMPiste ventru, offert au plus offrant. Plus jeune, Isabelle Giordano est prise la main dans le « ménage », vendant son nom pour un colloque puis invitant à son antenne de radio publique le patron qui l’a embauchée pour amuser la galerie. Voilà qui rassurera peut-être les conseillers de Pôle emploi sur l’avenir de beaucoup de leurs chômeurs, de plus en plus séduits par l’action directe.

Parsemé de citations du livre de Paul Nizan, Les chiens de garde, pamphlet paru en 1932, ce film dresse le portrait de la presse à la fois dominante et servile. Chien à foutre? Experts à la botte, journalistes agitant leur gamelle, ils travaillent l’opinion publique, préparent la pâtée pour chiens qui fait passer pour des vérités absolues les quatre volontés de l’appareil politique et des groupes industriels qui forment le pouvoir économique du pays. Circulez, y’a rien à voir.

Flavien Moreau

– http://www.lesnouveauxchiensdegarde.com/

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