L’art « tourne-veste » de Mitterrand

Article publié dans Zélium n°8. Rédigé avec la complicité de Nicolas de la Casinière.
Illustration par Philippe Decressac.

Un scoop: l’ex béni-oui-oui de Ben Ali a une veste recto-verso.

Un an après la chute de Ben Ali, l’art contemporain sent-il le jasmin? « Dégagements – La Tunisie un an après », c’est à l’Institut du monde arabe à Paris, jusqu’au 1er avril 2012. Une vingtaine d’artistes exposés (dessin, installation, collage, sculpture, photographie…) pour rendre hommage à la création contemporaine d’un pays en plein chambard politique et social.

L’expo est placée « sous le patronnage de Monsieur Frédéric Mitterrand« . Que le ministre de la Culture patronne, normal, mais s’agissant de la Tunisie, ça ressemble plus au ministre du rachat de conduite. Ce Mitterrand a un passif, pour avoir notamment lâché qu’il était « tout à fait exagéré » de qualifier le régime de Ben Ali de « dictature univoque« .

Doté de la double nationalité française et tunisienne*, décoré par l’Ordre du 7 novembre par Ben Ali, amoureux de Sidi Bou Saïd, le village de carte postale le plus chic de la Tunisie, il est fan des plage d’Hammamet où il possède une superbe villa dispensée de facture d’électricité, cadeau à l’époque de Ben Ali**.

Mon ami Ben Ali

Et voilà ce grand rapprocheur devenu grand défenseur de l’opposition intello, artistique et politique. De quoi faire grincer les dents de Nidhal Chamekh, artiste de 26 ans qui participe à l’expo: « M. Mitterrand n’a fait que venir le jour du vernissage. Le but de son implication c’est de racheter son image. » Ce soir là, quelqu’un n’a pas manqué de lui rappeler publiquement sa Benaliphilie.

La Fondation Total est aussi partenaire de l’expo. Un intérêt soudain pour l’art contemporain qui n’a bien sûr rien à voir avec le marché d’exploitation pétrolière du sous-sol tunisien… En Tunisie, de la thune à se faire. Pour Nidhal, « une telle entreprise peut se greffer sur n’importe quel terrain dans le but de masquer son vrai visage totalitaire. La contradiction entre le fond de cette exposition et les organisations qui la soutiennent est flagrante, dérangeante. »

Et les artistes là-dedans? « Ca va de la naïveté à l’opportunisme, mais il y a aussi ceux qui veulent forger un regard critique dans un monde artistique dominé par la marchandise, dit-il. Beaucoup de Tunisiens savent désormais que ce n’est pas la Tunisie toute entière qui a porté cette insurrection mais une minorité, que la dictature continuer d’exister, et que les élections ne sont pas synonymes d’une réelle naissance de la démocratie et de la liberté. »

Trois jours après sa phrase niant la dictature, Mitterrand, a présenté des regrets au peuple tunisien. Ca doit être ça, le grand art.

Flavien Moreau

* France Inter, le 20 janvier 2011.
** Révélé par la télévision tunisienne le 22 janvier 2011.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s