Gazastrophe ordinaire

Article publié dans Zélium n°3.

Al Nakba ou la catastrophe : la guerre de 1948, telle que la nomment les Palestiniens, qui aboutit à leur exode. Un documentaire résume le dernier épisode d’un désastre humanitaire ordinaire.

Il est des catastrophes qui n’ont pas besoin de réacteurs nucléaires pour se produire, des horreurs de la nature humaine qui ne semblent pas assez exotiques pour intéresser la communauté internationale, émouvoir l’opinion publique ou faire bander l’appareil médiatique. Prenons un exemple au hasard : la lente mais sûre extermination des Gazaouis par l’armée israélienne. Plus de soixante ans de guerre sans qu’aucune démocratie occidentale ne se soit fermement engagée pour la défense des droits de l’homme sur ce petit territoire militairement occupé. La France et les États-Unis font mine de promouvoir la démocratie à travers le monde, prétendent s’opposer aujourd’hui aux régimes des dictateurs arabes déchus après les avoir aidés à prospérer pendant des décennies, envoient des avions de chasse en Libye pour « empêcher un tyran d’assassiner son peuple », tyran qui s’y est employé pendant des années avec leur soutien.

Que penser alors de l’occupation israélienne et de sa colonisation violente du territoire palestinien ? Si l’on avait l’idée folle de chercher des similitudes entre le régime d’Israël et les dictatures récemment tombées dans cette région du globe, nous risquerions de les trouver sans trop de problème. En premier lieu, il est une caractéristique essentielle de l’État d’Israël à bien prendre en compte : sa dimension à la fois militaire et religieuse. Dès le départ, difficile de ne pas douter des vertus démocratiques d’un tel régime. Les touristes européens en reviennent charmés, l’appareil photo blindé et la tronche bronzée. Mais rares sont ceux qui prennent la peine de voir l’immense mur qui se dresse autour d’eux, les familles usées faisant la queue aux check-points sous la surveillance de soldats en armes, les ruines et la peur.

Vivre dans la terreur

Il y a deux ans, l’armée israélienne envoyait des centaines d’avions et d’hélicoptères bombarder les 360 km2 de la bande de Gaza, puis les chars, les troupes au sol et les pelleteuses pour finir de raser les villages. Opération « Plomb durci ». Trois semaines de terreur pour la population de Gaza, essentiellement constituée de paysans. Terre riche cultivée par des pauvres maintenus dans la misère par l’occupant. Voilà une odieuse méthode de colonisation qui parvient à se faire passer aux yeux du monde pour une « guerre défensive » contre l’extrémisme. C’est ce qu’il se produit lorsque l’extrême droite a le pouvoir, car c’est bien elle qui dirige Israël et que continuent de soutenir les puissances occidentales.

Un récent film documentaire intitulé Gaza-strophe, Palestine, tourné par Samir Abdallah et Khéridine Mabrouk en janvier 2009, au lendemain de l’attaque israélienne, vaut mieux que bien des longs discours sur le sujet. Accompagnés de délégués palestiniens aux droits de l’homme, ils enregistrent les témoignages d’habitants, capturant leur détresse et leur espoir, leur sentiment de révolte et leur courage. Fixée sur la pellicule, parsemée des poèmes de Mahmoud Darwich, l’aspiration d’un peuple à la paix et à sa dignité face à la violente oppression de l’armée d’occupation. Puisque les défenseurs du gouvernement israélien ne peuvent pas contester la véracité de ce document ni de ces témoignages, ils se contentent simplement de ne pas trop en parler. Parfois, on ne se gêne pas pour censurer tout simplement le débat. Le cinéma Roxane, à Versailles en Île-de-France, a annulé la projection et le débat en invoquant les « événements liés à l’actualité du Maghreb ». Curieux ! Mais pas étonnant dans une ville oscillant traditionnellement entre droite conservatrice et extrême droite. Nous espérons que le film, sorti le 16 mars dernier, sera toujours projeté en salles au moment où vous lirez ces lignes. Toutefois, un DVD est disponible* et nous vous conseillons vivement de le voir et d’en parler autour de vous. Une belle arme contre la machine de guerre israélienne et les autoritarismes de tout poil.

Flavien Moreau

* Gaza-strophe.com / gaza-strophe@cinémeteque.com / 06 80 63 39 65. Une version courte (52 min, diffusée en télé) est également visible sur le web.

                         Illustration de Quibe.

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s