La gazelle et le petit singe

Seconde Fable de la Femme Fontaine, publiée dans La Mèche n°4.
Texte d’Etienne Liebig.

Dans un petit royaume, peuplé de roitelets
Régnait un petit prince, un petit singe laid.
Pas plus gros qu’un caca et tout aussi vilain
Il était très très con mais se croyait malin.
Sa cour faite de chiens tous très obéissants
Marchait à quatre pattes et tous ces courtisans
Pour ne pas dire au roi qu’il était minuscule
Courbaient leur triste échine se rendant ridicules.

Certes il était petit mais qu’importe la taille
Il eut pu être grand en livrant des batailles
Défendant l’orphelin, prônant la liberté
L’aide au plus démunis et la fraternité
Mais il était petit de taille comme d’esprit
Prince des coups fourrés et des supercheries.
Bas du front, bas du cul, bas de l’intelligence
Ses amies, les guenons, lui faisaient allégeance.

Or il advint qu’un jour dans une réception
Où il venait quérir de quoi fourrer un fion
Il tombe en extase aux pieds d’une gazelle
Grande, fine, élancée,  élégante et si belle
Que tous les putains d’animaux de la forêt
rêvaient de lui en mettre un bon coup dans la raie.
Elle rigole, se moque,  regarde avec dédain
Ce singe ridicule, ce petit roi hautain.

Lui n’a honte de rien, il dit qu’il est un prince
Qu’il a moult châteaux, à Neuilly, Londres et Reims
Qu’il a des serviteurs jusqu’au Massachusetts
Et son rond de serviette chez les cons du Fouquet’s
La belle dit d’abord non à ce singe impudent
Puis se dit qu’elle pourrait sucer un président
La gazelle réfléchit, elle se voit couronnée
Et suit le petit roi en se bouchant le nez

La donzelle est artiste elle joue de la guitare
Marche en remuant du fion et fréquente les stars
Le peuple se dit alors : «  Notre roi va changer
Il va aimer l’amour et ne plus se venger
De sa petite taille en chassant du royaume
Pauvres et réfugiés, sans papiers ou bien Roms
Vive le petit roi et vive sa gazelle
Grâce à elle notre vie va devenir plus belle ».

Las, mes pauvres seigneurs, le petit souverain
Ne se mit pas à jouer soudain du tambourin
Ou faire l’amour en vain pour l’amour des gazelles
Il devint plus hargneux, insolent, infidèle
Elle était belle et grande, lui si laid, si petit
Il écrasa les humbles et servit les nantis
Pour se grandir aux yeux de sa belle amoureuse
Il mit des talonnettes et leur vie fut scabreuse.

Moralité

L’amour peut bien changer la longueur de la pine
Le goût pour l’enfilade, le plaisir des minettes
Mais ne fera jamais d’un vieux rat, une hermine
Ou bien d’un triste sire, un dirigeant honnête.

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